Chaque été, le même scénario se répète. Les températures grimpent, les entreprises cherchent en urgence des bouteilles d’eau, installent quelques ventilateurs, décalent parfois les horaires et diffusent une affiche rappelant les signes du coup de chaleur.
Ces mesures sont utiles. Mais elles arrivent souvent trop tard.
Table
Les entreprises qui gèrent le mieux les fortes chaleurs ne sont pas celles qui réagissent le plus vite lorsque Météo-France déclenche une vigilance orange. Ce sont celles qui ont commencé à s’organiser plusieurs mois auparavant. Parce qu’en prévention, on ne prépare jamais une crise pendant qu’elle se déroule.
La chaleur n’est pas le risque. Elle amplifie tous les autres. C’est probablement l’erreur la plus fréquente.
On considère encore les fortes chaleurs comme un risque isolé, alors qu’elles modifient l’ensemble des situations de travail.
- La chaleur fatigue.
- Elle ralentit la prise de décision.
- Elle diminue la vigilance.
- Elle augmente l’irritabilité.
- Elle favorise les erreurs.
- Elle réduit la capacité physique.
Autrement dit, elle fragilise toutes les barrières de prévention déjà en place sur tous les risques.
Un poste de travail habituellement maîtrisé peut devenir accidentogène uniquement parce que les conditions climatiques ont changé.
Quelques exemples :
- un conducteur d’engin réagit moins rapidement ;
- une manutention devient plus difficile, plus pénible ;
- un travail en hauteur demande davantage d’efforts ;
- monter sur un échafaudage en ferraille qui est à 50°C ;
- un opérateur oublie une étape de consignation ;
- un salarié retire momentanément son casque devenu inconfortable ;
- une erreur de réglage sur une machine devient plus probable ;
- un conflit naît plus facilement sous l’effet de la fatigue.
Et pourtant les dangers n’ont pas changé.
La température ne raconte pas toute l’histoire
Deux journées à 32°C peuvent présenter des niveaux de risque totalement différents.
En fonction :
- du rayonnement solaire ;
- de l’humidité ;
- du vent ;
- de la chaleur dégagée par les machines ;
- des moteurs encore chauds ;
- des fours, presses, chaudières ;
- des toitures, échafaudages métalliques ;
- des surfaces minérales qui restituent la chaleur.
C’est pourquoi toutes les activités souffrent et plus particulièrement :
- ateliers de maintenance, de réparation
- plateformes logistiques,
- industries,
- cuisines professionnelles, boulangeries
- activités exercées en réserve,
- activités agricoles,
- travaux publics, BTP
- espaces verts,
- collecte des déchets,
- transport,
- métiers du soin,
- mais aussi certains locaux vitrés.
Le risque ne dépend pas uniquement de la météo. Il dépend des conditions réelles de travail et des tâches exercées.
Un facteur aggravant souvent oublié : la fatigue accumulée
Lors des épisodes de canicule, les salariés ne récupèrent plus correctement. Les nuits sont plus courtes. Le sommeil est moins profond.
Le corps récupère moins.
Pour les équipes de nuit, la situation est parfois encore plus difficile. Après leur service, elles dorment précisément au moment où la température est la plus élevée.
Sans logement correctement rafraîchi, leur récupération devient insuffisante pendant plusieurs jours. La fatigue s’accumule et devient chronique qui vient s’ajouter aux effets directs de la chaleur.
Ses conséquences sont bien connues :
- baisse de vigilance ;
- difficultés de concentration ;
- erreurs de jugement ;
- irritabilité ;
- augmentation du risque d’accident ;
- épuisement progressif.
Une entreprise peut donc voir son niveau de risque augmenter alors même que la température extérieure commence à diminuer. Les effets mettent plusieurs jours avant de s’améliorer.
Former les salariés
Beaucoup d’entreprises distribuent de l’eau. Très peu expliquent réellement aux salariés pourquoi ils doivent adapter leur comportement.
Il doit savoir reconnaître les premiers signes pour lui ou les collègues :
- soif importante ;
- fatigue inhabituelle ;
- maux de tête ;
- vertiges ;
- crampes ;
- nausées ;
- difficultés de concentration.
Car une personne victime d’un début de coup de chaleur ne se rend pas toujours compte que son état se dégrade. Les managers doivent eux aussi être formés. Ils sont souvent les premiers à devoir décider :
- d’interrompre une activité ;
- de modifier l’organisation ;
- d’imposer une pause supplémentaire ;
- ou d’appeler les secours.
Vous trouverez dans notre infographie dédiée
site du Ministère du travail, un kit de communication y est notamment disponible : Chaleur et canicule au travail | Travail-emploi.gouv.fr | Ministère du Travail et des Solidarités
– le site du Plan Régional de Santé au Travail : Canicule – Plan Régional Santé Travail Occitanie
Préparer la journée… dès le briefing du matin
Les entreprises les plus efficaces ne découvrent pas la météo en ouvrant les volets. Elles l’intègrent dans leur organisation quotidienne et même prévisionnelle, en anticipant les prévisions. Un briefing météo de deux minutes suffit souvent. Et permet de répondre à quelques questions simples :
- Quelle température est prévue ?
- Quel sera l’indice UV ?
- L’humidité sera-t-elle importante ?
- Les travaux les plus physiques peuvent-ils être réalisés plus tôt ?
- Quels salariés nécessitent une vigilance particulière ?
- Des pauses supplémentaires sont-elles prévues ?
- Qui surveillera les travailleurs isolés ?
Des outils gratuits comme Infoclimat permettent d’anticiper ces décisions avec une grande précision.
L’objectif n’est pas de consulter plusieurs applications météo.
L’objectif est de disposer d’un indicateur fiable… et surtout de le consulter chaque jour.
Les mesures les plus efficaces ne sont pas forcément coûteuses
Lorsque l’on parle fortes chaleurs, on pense souvent immédiatement aux investissements. Pourtant, beaucoup d’améliorations relèvent avant tout de l’organisation.
Par exemple :
- réaliser les travaux extérieurs entre 6 h et 12 h lorsque cela est possible ;
- alterner les tâches physiques ou les exécuter tôt ;
- reporter les interventions les plus pénibles ;
- créer des zones d’ombre temporaires avec des parasols ou des voiles d’ombrage au plus près des zones de travail ;
- multiplier les pauses dans un local frais ;
- vérifier régulièrement les travailleurs isolés ;
- interdire le travail isolé ;
- organiser les équipes en binôme ;
- limiter les manutentions inutiles ;
- prévoir des moyens pour mécaniser les manutentions
Certaines mesures peu coûteuses apportent également un réel confort :
- distributeurs en libre-service de crème solaire SPF50 ;
- brumisateurs ;
- gourdes isothermes ;
- glacières ;
- rafraîchisseurs d’air lorsque les conditions le permettent ;
- thermomètres et hygromètres ;
- serviettes éponges.
Ne pas oublier les sources internes de chaleur. La température extérieure n’est pas toujours la principale responsable. Dans certaines entreprises, ce sont les équipements qui produisent l’essentiel des calories :
- procédés industriels.La meilleure prévention est souvent une combinaison de nombreuses petites mesures.
- fours ;
- presses ;
- compresseurs ;
- moteurs ;
- groupes hydrauliques ;
- serveurs informatiques ;
La meilleure prévention est souvent une combinaison de nombreuses petites mesures.
Le télétravail n’est pas toujours une solution
Le recours au télétravail est parfois présenté comme une réponse évidente aux épisodes de fortes chaleurs. La réalité est plus nuancée.
Tous les salariés ne disposent pas d’un logement correctement isolé ou climatisé.
Certains travaillent sous des combles, complétement dans le noir pour éviter les hauses de températures. D’autres dans un appartement exposé plein sud.
Les températures peuvent alors devenir supérieures à celles des locaux de l’entreprise.
Le télétravail ne supprime donc pas le risque. Il le déplace.
L’employeur conserve la responsabilité d’évaluer cette situation et d’agir en prévention en menant des actions afin de garantir une activité normale.
10 questions que votre entreprise devrait être capable de répondre avant la prochaine canicule
Exemple :
- À partir de quel niveau de température modifiez-vous votre organisation ?
- Qui consulte la météo chaque matin ?
- Quel outil utilisez-vous (Infoclimat, Météo-France…) ?
- Quels sont les trois postes les plus exposés de votre entreprise ?
- Comment vos salariés reconnaissent-ils un début de coup de chaleur ?
- Qui décide d’interrompre une activité ?
- Les salariés savent-ils où trouver un endroit frais ?
- Que se passe-t-il si un travailleur isolé fait un malaise ?
- Les salariés en télétravail disposent-ils de conditions de travail acceptables ?
- Si votre climatisation tombe en panne demain, avez-vous un plan B ?
La meilleure période pour préparer l’été… c’est l’hiver
Lorsque la première vigilance orange apparaît, il est souvent trop tard, les entreprises s’affolent, les plannings doivent changer immédiatement, le système de climatisation tombe en panne, les dépanneurs ne peuvent pas intervenir sous plusieurs jours.
Les entreprises qui anticipent profitent des mois d’automne et d’hiver pour :
- entretenir les systèmes de climatisation ;
- nettoyer les ventilateurs ;
- vérifier les rafraîchisseurs d’air ;
- remplacer les filtres ;
- réparer les stores ;
- installer des voiles d’ombrage ;
- créer des espaces de pause protégés ;
- prévoir les stocks de crème solaire, de gourdes et de brumisateurs ;
- mettre à jour le DUERP ;
- former les équipes.
Les équipements entretenus en hiver sont disponibles et en fonctionnement lorsque la chaleur arrive.
Les autres tombent souvent en panne, sursollicité… précisément au moment où ils deviennent indispensables.
La prochaine canicule n’est pas un événement exceptionnel. C’est un phénomène désormais prévisible. La vraie question n’est donc plus :
« Que ferons-nous lorsqu’il fera 40°C ? »
Mais plutôt : « Qu’aurons-nous préparé avant que cela n’arrive ? »
C’est cette anticipation qui fait aujourd’hui la différence entre une entreprise qui subit les fortes chaleurs… et une entreprise qui continue à protéger efficacement ses salariés.
Concevoir aujourd’hui les bâtiments qui resteront confortables demain
Les épisodes de fortes chaleurs deviennent plus fréquents et plus intenses. Les choix réalisés lors de la construction ou de la rénovation d’un bâtiment auront un impact pendant plusieurs décennies sur les conditions de travail des salariés.
Bien souvent, il est plus économique de limiter les apports de chaleur que d’installer ensuite des systèmes de refroidissement, d’isolation toujours plus puissants.
Empêcher le bâtiment de chauffer
L’orientation influence directement les apports solaires.
Quelques principes permettent de limiter les surchauffes :
- limiter les grandes surfaces vitrées exposées à l’ouest, particulièrement pénalisantes en fin de journée ;
- privilégier des protections solaires sur les façades sud et ouest ;
- tenir compte des vents dominants pour favoriser la ventilation naturelle ;
- réserver les locaux où il y a des activités physiques, des zones non climatisables (qui viendrait perturber un système d’aspiration de polluants) sur les façades les moins exposées lorsque cela est possible ;
- les bureaux étant généralement facilement climatisable :
- couleur des façades et de la toiture ;
- les salles de réunion, locaux sociaux… où les salariés ne travaillent pas en continu peuvent être exposés sur les façades sud et ouest.
Evacuer la chaleur
La lumière naturelle est un atout et une obligation. En revanche, des vitrages non protégés peuvent rapidement transformer un local en serre.
Il est souvent préférable de prévoir :
- des brise-soleil extérieurs ;
- des casquettes en façade ;
- des vitres de qualité pour l’isolation ;
- des auvents ;
- des stores extérieurs ;
- ventilation naturelle ;
- ouvertures hautes et basses ;
- extraction de l’air chaud ;
- aération nocturne ;
- des films de protection solaire lorsque le bâtiment existe déjà.
Une protection située à l’extérieur est généralement beaucoup plus efficace qu’un simple store intérieur, car elle arrête le rayonnement avant qu’il ne pénètre dans le bâtiment.
Choisir les matériaux
Tous les matériaux ne réagissent pas de la même manière à la chaleur. Les structures en béton, en parpaings ou en acier peuvent emmagasiner une quantité importante de chaleur lorsqu’elles sont directement exposées au soleil. Idem pour les matériaux de couleurs sombre (exemple : meniuserie noir / gris anthracite)
À l’inverse, d’autres solutions constructives ou une isolation adaptée permettent de limiter ces effets.
L’objectif n’est pas de privilégier un matériau unique, mais de rechercher un bâtiment capable de :
- limiter les apports de chaleur ;
- ralentir les surchauffes ;
- évacuer l’air chaud ;
- conserver la fraîcheur nocturne le plus longtemps possible.
L’isolation n’est donc pas seulement un enjeu hivernal : elle participe également au confort d’été.
Rafraîchir les locaux
Dans de nombreuses entreprises, la toiture constitue la principale source d’apport de chaleur.
Quelques solutions permettent d’améliorer la situation :
- isolation performante ;
- toiture de couleur claire lorsque cela est compatible avec le projet ;
- ventilation de la sous-face de toiture ;
- rafraîchisseurs d’air (dans les contextes adaptés) ;
- climatisation ;
- gaines textiles de diffusion ;
- zones rafraîchies ;
- végétalisation lorsque cela est techniquement envisageable.
Chaque degré gagné sous la toiture améliore directement les conditions de travail.
Concevoir les abords
Un bâtiment ne fonctionne jamais seul. Son environnement influence fortement la température ressentie.
Il est donc pertinent de :
- planter des arbres à feuilles caduques ;
- conserver des espaces végétalisés ;
- éviter les grandes surfaces minérales qui stockent la chaleur ;
- ne pas tondre les pelouses trop ras pendant l’été ;
- créer des parkings ombragés par des arbres ou des ombrières ;
- prévoir des zones de pause ombragées à proximité des postes de travail extérieurs.
Ces aménagements améliorent le confort tout en limitant les îlots de chaleur autour des bâtiments.
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